Histoire de pèlerinages en Hainaut-Cambrésis

Pèlerinages

en Hainaut-Cambrésis

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Le pèlerinage religieux est un phénomène universel. Il se manifeste par le voyage vers un lieu sacré, un sanctuaire. Au cours de ce voyage, le fidèle se rapproche du monde divin pour demander une aide, un pardon, une grâce ou plus simplement pour manifester sa foi.

Rappelons que le pèlerinage religieux est une tradition ancienne bien antérieure à l’ère chrétienne. Il était déjà pratiqué dans l’Egypte ancienne où les cités de Thèbes  d’Héliopolis et de Memphis accueillaient les fidèles.

Grecs et Romains de l’antiquité se rendaient en pèlerinage dans les sanctuaires dédiés à leurs dieux : Delphes ou Délos pour Apollon, Dodone pour Jupiter-Zeus, Epidaure pour Esculape-Asclépios, le dieu guérisseur.

Le pèlerinage n’est pas non plus l’apanage du monde chrétien. La Mecque pour les musulmans ou Bénarès pour les hindous sont des lieux de pèlerinage mondialement connus.

Enfin ajoutons que le pèlerinage peut être une marche religieuse locale et de courte durée, il prend alors parfois le nom de grande procession (procession de Notre Dame du Saint-Cordon à Valenciennes), de rogations (censées protéger le bétail et les récoltes et pratiquées lors des fêtes de l’Ascension) ou de pardon (en Bretagne).

Ce type de pèlerinage perdure dans le Cambrésis. Ainsi en est-il du pèlerinage des Hommes à Marie encore pratiqué par les marcheurs de la paroisse Sainte-Anne en Cambrésis au départ de Ligny. Ils perpétuent ainsi une vieille tradition. Le 15 août, jour de l’Assomption, les hommes partant des quatre coins du Cambrésis allaient à pied vénérer l’icône de la Vierge à la cathédrale de Cambrai.

Pour ce qui est des trois grands pèlerinages chrétiens, les pèlerins d’Europe du Nord en partance pour Jérusalem, Rome ou Saint-Jacques de Compostelle traversaient bien le Hainaut et le Cambrésis du Nord au Sud et ce dès le Moyen-Âge. Ainsi Jean de Tournai, bourgeois de Valenciennes, qui visita les trois lieux saints au cours des années 1488-1489, et qui nous a laissé un récit de son voyage archivé à la bibliothèque de la ville.

La ville de Valenciennes, elle-même était un lieu de départ pour de nombreux pèlerins. La découverte récente de plus de cinq cents enseignes médiévales dans la rivière Sainte-Catherine, lors de travaux dans le centre de la ville, en est la preuve. Les enseignes médiévales, broches en étain ou en plomb, étaient ramenées en souvenir par les pèlerins et jetées dans la rivière pour des raisons votives. Elles datent du Moyen-Âge, 1350 à 1450 pour la plupart.

L’un des chemins de pèlerinage longeait l’Escaut et passait à Cambrai. Une confrérie de « Saint-Jacques » composée de bourgeois de la ville qui avaient fait le pèlerinage, accueillait les pèlerins dans une maison hospitalière, rue de la « Boulangrie » (aujourd’hui rue des rôtisseurs).

Une autre voie de pèlerinage allant de Valenciennes à Saint-Quentin passait plus à l’est dans le Cambrésis.

Nous retrouvons la trace de cette voie dans la toponymie des chemins de campagne de l’est du Cambrésis. Deux d’entre eux portent le nom de chemins des pèlerins. Ainsi en est-il de la route pavée D113b entre Saint-Vaast-en-Cambrésis et Quiévy qui porte aussi le nom de route de Valenciennes et du chemin vicinal reliant Boistrancourt à Haucourt dont il subsiste plusieurs tronçons portant ce nom.

D’autres indices viennent renforcer l’hypothèse du passage des pèlerins dans l’est du Cambrésis. Le principal est la présence d’une commanderie hospitalière au lieu-dit « le Fresnoy » sur le territoire de la commune de Boussières. Cette commanderie comportait une exploitation agricole mais son importance pouvait en faire un lieu d’accueil pour les pèlerins.

Au Moyen-Âge, partir en pèlerinage n’était pas chose facile. Les chemins n’étaient pas sûrs. Certains étaient de véritables coupe-gorge ; c’est d’ailleurs le nom d’un lieu dit sur le chemin départemental D97 entre Avesnes-les-Aubert et Carnières.

Deux éléments étaient pris en compte par les pèlerins dans le choix de leur itinéraire : la sécurité sur les chemins et la présence de lieux d’accueil assurant le gîte, le couvert voire les soins pour les haltes.

Caritas et servitium, l’amour du prochain et la volonté de servir pourrait être la devise des nombreux ordres et confréries hospitalières qui assuraient l’accueil des pèlerins le long des chemins.

La présence d’une commanderie hospitalière au Fresnoy est donc un indice probant, malheureusement celle-ci très endommagée a été définitivement détruite au début des années 1950.

D’autres indices confirment la présence des hospitaliers et des templiers dans le Cambrésis. Précisons que ces deux ordres de moines chevaliers furent créés en Terre Sainte peu après la première croisade.

En 1113 pour les Chevaliers de l’Ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem et en 1129 pour les Pauvres Compagnons de Combat du Christ et du Temple de Salomon.

Le rôle des Hospitaliers était d’accueillir, de soigner et d’héberger les pèlerins.

Les Templiers étaient les gardiens des chemins et protecteurs des lieux saints.

Au cours du temps, ces rôles évoluèrent et les Hospitaliers exercèrent aussi des fonctions militaires.

Les dons effectués aux deux ordres sous la forme de terres et exploitations agricoles les amenèrent à créer des commanderies dans toute l’Europe.

Les archives ecclésiastiques ont conservé la trace de ces dons ainsi nous savons que les Templiers d’Avesnes-le-sec ont reçu des dons sous la forme de terres agricoles à Haspres, Carnières, Cagnoncles et Beaumont en Cambrésis et qu’ils possédaient une maison à Cambrai et une à Avesnes-les-Aubert.

Les Hospitaliers du Fresnoy pour leur part possédaient des terres à Boussières et Bévillers.

Après le procès des Templiers et la dissolution de leur ordre, de nombreuses commanderies templières devinrent commanderies hospitalières. Ce fut le cas pour celle d’Avesnes-le-sec.

Je terminerai ce sujet par une petite note personnelle concernant les trois grands pèlerinages chrétiens et leurs symboles : la palme, les clés et la coquille Saint-Jacques.

La palme de Jérusalem fait référence à l’entrée du Christ dans cette ville quelques jours avant sa crucifixion et à la foule qui l’accueillit en brandissant des feuilles de palmiers.

Les clés de Rome rappellent que Saint-Pierre détient les clés du paradis.

La coquille de Saint-Jacques aurait pour origine le périple accompli par le corps de Jacques le majeur transporté dans une barque miraculeusement guidée de Jérusalem jusqu’à la pointe nord- ouest de l’Espagne. La coque de l’embarcation aurait été recouverte de coquilles Saint-Jacques à son arrivée en Galice, or la coquille Saint-Jacques ne se fixe nulle part car elle vit sur les fonds marins sableux-vaseux. Il ne peut s’agir de ce type de coquillage. Pourquoi l’a-t-on choisie comme symbole pour Compostelle. En fait, les côtes cannelées de la coquille Saint-Jacques convergent vers le point de fixation des deux valves du coquillage comme les chemins de Saint-Jacques convergent vers la cathédrale de Compostelle. Est-ce la raison d’un tel choix ?

Le pèlerinage pour Compostelle présente un caractère particulier. C’est le seul pour lequel les voies d’accès : les célèbres chemins ont une puissance symbolique supérieure à celle du sanctuaire. Les chemins de Saint-Jacques ont conservé cette particularité jusqu’à aujourd’hui.

Le pèlerin moderne prend l’avion ou le train pour Rome ou Jérusalem. Compostelle se fait à pied (parfois à bicyclette). C’est ce qui donne à Compostelle tout son intérêt.

Chaque journée de marche est une étape dans le temps et dans l’espace de celle ou celui qui accomplit ce voyage qui est aussi un voyage intérieur.

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Par Jean-Jacques Masselot

Secrétaire de V.S.T. – Passionné d’histoire

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